Médias, mensonges, désinformation, guerre

Interdites par Madrid, trois télévisions « indignées » passent dans la clandestinité

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Publié par Bastamag le 22 mai 2012

Le gouvernement régional de Madrid tente de fermer trois télévisions associatives locales, pourtant protégées par la loi sur l’audiovisuel. Leur ton dissident, leur clair soutien au mouvement des « Indignés » et leur audience en forte progression ne plaisent pas. Tout en livrant une bataille juridique et politique, les télévisions ont décidé d’émettre à partir d’un lieu tenu secret.

 

L’Athénée Républicain de Vallecas, le quartier historiquement « rebelle » de Madrid, de tradition ouvrière et communiste, est plein à craquer ce mercredi 16 mai à 20 h. Les directeurs respectifs de trois chaînes de télévision locales à but non lucratif – Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV – y ont convoqué une assemblée citoyenne. Le gouvernement régional de Madrid, dirigé par Esperanza Aguirre, affiliée au Parti populaire (PP, droite), vient de prendre la décision de leur interdire d’émettre depuis l’édifice Torre de Valencia, où elles sont hébergées depuis des années. Sur le site de Tele K, une mire « Off line » s’affiche, pour la première fois en dix-neuf ans.

Des concessions pour les amis du pouvoir

Ces télés sont jugées illégales par le gouvernement régional, qui profite d’une faille juridique, les trois télés locales ne bénéficiant plus des concessions administratives ad hoc. Celles-ci ont été attribuées en 2005 par ce même gouvernement, de façon arbitraire. Selon Enrique Riobóo, directeur de Canal 33, le gouvernement régional a favorisé un petit cercle de « pistonnés » proches du pouvoir.C’est le cas de l’opérateur de TDT Teledifusión Madrid, qui fait partie du « cluster » audiovisuel du réseau Madrid Network. Un « partenariat public-privé » à la mode actuellement, chapeauté par le gouvernement de Madrid, la chambre de commerce et… la Confédération des chefs d’entreprises, clairement opposée aux mouvements pacifistes de contestation. Lors de la répartition des licences, les trois télés « solidaires » sont restées sur la touche pour des raisons encore floues, le secrétaire général du Conseil du gouvernement de la Communauté de Madrid n’ayant pas donné suite à nos demandes d’interview.

Menace de lourdes amendes

Le Sénat espagnol est cependant intervenu en 2007, amendant la loi qui protège les télévisions communautaires existantes, comme c’est le cas avec Tele K, Solidaridad TV et Canal 33. Problème : le précédent gouvernement du PSOE (Parti socialiste espagnol) n’a pas pris la peine de rédiger le décret subordonné à l’application de cette loi avant de quitter le pouvoir. C’est dans cette faille juridique que les conservateurs madrilènes se sont engouffrés pour faire taire les trois télés locales.

S’il y a débat juridique, il n’y a pas de dossier pénal contre les télés locales. Aussi, le gouvernement d’Esperanza Aguirre s’en prend directement à la communauté de propriétaires de la Tour de Valence, l’édifice qui abrite les télévisions, qu’elle menace d’une amende de 30 000 euros par jour si celle-ci s’obstine à héberger les équipements de diffusion des émissions présumées illégales. La date du démantèlement des équipements de diffusion n’a pas été confirmée.

Émettre dans la clandestinité

Puisque le gouvernement local a le pouvoir d’attribuer les concessions, pourquoi ne pas laisser Tele K, Solidaridad TV et Canal 33 déposer une requête pour l’obtenir ? Pour Enrique Riobóo et Paco Pérez (directeur de Tele K), la décision de fermer les télés locales est politique et non technique… « La TNT a été une belle arnaque, s’insurge Enrique Riobóo. Elle était sensée encourager la pluralité des canaux et nous sommes les premières victimes de restrictions arbitraires ! » Depuis l’émergence du mouvement 15-M, le mouvement des Indignés espagnol, l’audience des trois télés locales a augmenté de façon exponentielle.

Leur ton critique envers le gouvernement d’Esperanza Aguirre et leurs images montrant l’ampleur réelle du mécontentement du peuple espagnol semblent avoir attiré les téléspectateurs. « Depuis la Tour de Valence, les télés locales peuvent atteindre pas moins de 6 millions d’auditeurs potentiels », fait remarquer Pedro de Alzaga, directeur adjoint de Cuarto Poder (« Quatrième Pouvoir »), un autre média alternatif espagnol.

Citoyens et donateurs à la rescousse

Harcelés et asphyxiés économiquement, les trois télés locales ont décidé de réagir avec l’appui des mouvements sociaux du 15-M. Tele K et Canal 33 unissent leurs forces et leurs moyens pour continuer à diffuser leurs émissions depuis un lieu gardé secret. Les trois télés s’apprêtent à déposer une requête auprès des tribunaux pour que la Loi générale sur l’audiovisuel qui les protège soit reconnue et que la fermeture des émissions soit annulée. Voilà pour la résistance juridique.

La mobilisation citoyenne est également de mise : l’assemblée de Vallecas appelle à une manifestation pour le 29 mai. Les auditeurs se cotisent pour donner un peu d’oxygène aux équipes audiovisuelles (en 2011, les dons spontanés ont atteint la somme de 38 000 euros). L’autre objectif est de diffuser largement leur lutte auprès du grand public, des groupes parlementaires espagnols, des associations de presse, mais aussi d’organismes européens (les avocats des trois télés locales étudient la possibilité de permettre aux citoyens de déposer une plainte auprès des instances européennes).

Journalistes agressés

Tele K, Canal 33 et Solidaridad TV comptent sur l’appui des réseaux sociaux et celui des indignés de toute la planète pour dénoncer un cas manifeste d’atteinte à la liberté d’expression dans un état européen sensé être « démocratique ». Dans un contexte où les tentatives de censure contre la presse se multiplient.

Mi-mai, le photographe Javier Zurita, de l’agence de presse allemande Laif, a été agressé physiquement par des policiers alors qu’il couvrait un rassemblement à la Puerta del Sol. Javier Bauluz, du magazine on line Periodismo Humano, a été frappé au visage par des policiers alors qu’il couvrait une expulsion de logement. Bienvenue dans l’Europe de l’austérité démocratique !

Photo : © Javier Bauluz

 

Suggestions de lecture

 

«Il n'y a rien de pire que de gâcher une bonne crise»

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JEUDI, 02 FÉVRIER 2012 16:15 par http://www.actuchomage.org

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C'est ce qu'a déclaré le patron d'Airbus, Thomas Enders, au Forum économique mondial de Davos.

Selon les envoyés spéciaux des Echos, malgré l'état actuel du monde, ses 200 millions de chômeurs et ses «troubles sociaux», il y régnait une atmosphère de confiance...

Pour Thomas Enders, président exécutif d'Airbus et membre du groupe Bilderberg, l'Europe ne mène pas assez de réformes, notamment en ce qui concerne le marché du travail. Or c'est le moment ou jamais d'agir : «Il n'y a rien de pire que de gâcher une bonne crise», a-t-il lâché à son auditoire.

Milton Friedman l'aurait approuvé, lui qui avait si bien compris l'utilité des crises pour imposer, de gré ou de force, les potions ultralibérales les plus amères aux populations. «Seule une crise, réelle ou supposée, produit un vrai changement. Lorsqu'elle se produit, les mesures prises dépendent des idées alors en vigueur», disait-il. Et face à cette nouvelle crise dont l'ultralibéralisme est l'unique responsable, la doxa en vigueur consiste à réduire sans relâche le coût du travail (en Grèce, il a déjà baissé en moyenne de 14% depuis deux ans) afin de laminer la protection sociale (chômage, retraite…), flexibiliser l'emploi au maximum (la Cour européenne de justice vient d'autoriser le renouvellement illimité du CDD) et détruire au maximum les garanties offertes par le Code du travail (comme nos "accords-compétitivité-emploi" en préparation). Quitte à nous conduire droit dans le mur.

Thomas Enders, patron licencieur et boursicoteur

Rappelons que ce capitaine d'industrie était fortement impliqué dans l'affaire EADS — où 10.000 emplois ont été sacrifiés grâce à l'incompétence de leurs dirigeants — et le scandaleux
délit d'initié qui en a jailli (Noël Forgeard, ancien co-président d'EADS, Thomas Enders, ex-coprésident exécutif d'EADS, Gustav Humbert, ex-président d'Airbus, Jean-Paul Gut, ex-directeur commercial d'EADS, Hans-Peter Ring, directeur financier d'EADS, François Auque, PDG d'EADS Space… ont notamment été soupçonnés d'avoir vendu massivement, de fin 2005 à début 2006, des actions du groupe avant que leur cours ne s'écroule en juin 2006). Il s'était alors plaint d'avoir été «traité comme un criminel» et «stigmatisé»… le pauvre !

Mine de rien, selon le rapport de l'Autorité des marchés financiers, Thomas Enders avait bel et bien vendu 50.000 actions en novembre 2005 qui lui ont rapporté environ 711.000 euros. Pourtant, il n'avait pas de problème de salaire : en 2006, sa rémunération brute totale dépassait 1,7 million d'euros. Alors que Noël Forgeard ou le directeur commercial d'Airbus, l'Américain John Leahy, ont été mis en examen, notre «Major Tom», ancien officier parachutiste, s'en est bien tiré, l'AMF l'ayant simplement placé sous statut de témoin assisté.

L'affaire oubliée, on voit que l'homme a repris du poil de la bête. Cet «Allemand à la poigne de fer» va succéder à Louis Gallois au poste de président exécutif du groupe tandis qu'un certain Jean-Claude Trichet, 68 ans et toujours pas à la retraite, fait son entrée au conseil d'EADS en tant qu'administrateur de la maison mère d'Airbus : un job lucratif et pas trop fatiguant. La nomination de l'ex gouverneur de la BCE, paléo-libéral obsédé par l'inflation, est un «élément-clé de la relation franco-allemande», nous dit-on. Entre «maîtres du monde» et champions du cynisme, on se comprend.

SH

Suggestions de lecture

 

 

La guerre mondiale contre la démocratie

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Par John Pilger Le 19 Janvier 2012, traduit par Résistance71


Lisette Talate est décédée l’autre jour. Je me rappelle d’une fine femme à l’intelligence aiguisée qui masquait sa peine avec une détermination qui était une présence en elle-même. Elle était la personnification de la résistance des peuples à la guerre contre la démocratie. Je l’ai d’abord entr’aperçue dans un film du bureau des colonies datant des années 1950, à propos des gens des îles Chagos, une petite nation créole vivant à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie dans l’Océan Indien. La caméra se déplaçait dans des villages fourmillant, une église, une école, un hôpital, construits dans un endroit phénoménal de beauté naturelle et de paix. Lisette se rappelle du producteur du film lui disant à elle et ses amies adolescentes: “Continuez de sourire les filles !”

Assise dans sa cuisine de l’île Maurice plusieurs années plus tard, elle dit: “On n’avait pas besoin de me demander de sourire. J’étais une enfant heureuse, parce que mes racines descendaient profondément dans ces îles, mon paradis. Mon arrière grand-mère était née là-bas, j’ai fait 6 enfants là-bas. Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas nous jeter légalement en dehors de nos maisons; ils devaient nous terrifier pour que nous partions, ou nous forcer à partir. Au début, ils ont essayé de nous affamer. Les vaisseaux de ravitaillement cessèrent de venir, ensuite ils ont répandu la rumeur que nous serions bombardés, puis ils se sont retournés contre nos chiens.”

Guerre mondiale contre la démocratie

   

Bruits de bottes

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Alors même que les US et l'UE, partenaires au sein du « bloc occidental » dont l'OTAN et « l'Union Transatlantique » sont les instrument de coordination, ne peuvent plus être réellement appelés « démocraties »note ni même « états de droits »note, de sourds bruits de bottes nous parviennent.

OTAN - Guerres, pillages et destructions



Ces bruits nous viennent d'Iran bien sûr, pays dont depuis quinze ans il est dit quasi-annuellement qu'il est 'à quatre ans' d'avoir l'arme nucléaire. Malgré que tout donne à penser que ces campagnes successives ne sont que désinformation et partie intégrante de ce qu'il est convenu d'appeler des « opérations psychologiques », il ne faut pas oublier que des déploiements de troupes et des manœuvres militaires ont lieu. Nous ne citerons que cette information : un drone US RQ-170 violant l'espace aérien de la République Islamique d'Iran a été abattu ce 5 décembre 2011note.


Voisine de l'Iran, la Syrie est depuis plusieurs mois la cibles d'attaques de différents ordres. Des groupes armés, dont de nombreux signes montrent qu'ils sont soutenus par des pays tiers, créent un climat de tension extrême, provoquant la mort de nombreuses personnes parmi les militaires et policiers syriens mais aussi parmi la population civile. Notons au passage que les demandes de changement et d'émancipation de sa population sont maintenant rendues largement inaccessibles.

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Stratégie du choc et de la tension : résultats positifs!

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Naomie Klein a publié un ouvrage faisant référence : « La stratégie du Choc ou le capitalisme du désastre note». Celui-ci explique, à l'aide de nombreux exemple la manière dont les « chocs », qu'ils soient naturels ou provoqués, permettent une exploitation des ressources et des populations qui, sans ce choc, n'aurait pas été possible. La stratégie de la tension est un cas particulier de la stratégie du choc consistant à créer un climat de choc par l'usage de méthodes impliquant la force arméenote.

 

Les citoyens de pays membres de l'UE sont aujourd'hui confrontés à l'application de ces techniques. Les résultats, qui sont déjà partiellement visibles, seront une diminution de leurs moyens de subsistancenote, une perte de leurs libertés démocratiques et un renforcement du contrôle et de la surveillance dont ils sont l'objet.

 

Le « choc » est matérialisé par la crainte de l'effondrement du système financier dont on leur dit qu'ils seront victimes : des chiffres astronomiques sont avancés (on parle de centaines voire de milliers de milliards d'euronote) sans mise en perspective et sans explication claire des tenants et aboutissements. Il est remarquable que les créances ne soient jamais abordées or, s'il y a dette, il y a créance.

 

La seule possibilité présentée aux populations est de payer les banques en « faisant des économies », c'est à dire en supprimant les ressources et solidarités interpersonnelles de ces populations. Sont visés les salaires, les retraites, les allocations sociales, les services culturels et de santé, et toute dépense des états leur profitant. Sont exemptés de diminution les budgets des forces armées et de contrôle, les sociétés transnationales et, plus généralement, ce qu'il est convenu d'appeler « le grand capital ».

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