L'affaire Guéant sème la zizanie à l'Insee

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24/06/2011 à 16h17

Le mauvais usage des statistiques, voire leur trucage est largement répendu chez nos "décideurs" afin de laisser penser que les choix posés sont d'ordre technique et non idéologiques. Cette fois, cette pratique fait "du rififi"...

DÉSINTOX publié par Libération

La polémique enfle entre les syndicats et la direction de l'institut statistique à propos de l'utilisation erronée d'une étude par le ministre de l'Intérieur.


Par CÉDRIC MATHIOT

(© AFP John Thys)

Jusqu'à présent, l'affaire des statistiques bidons de Guéant sur l'échec scolaire des enfants d'immigrés avait surtout nui à l'image du ministre. Désormais, elle est en train de dégénérer en vive polémique au sein de l'INSEE. Mardi, les syndicats avaient demandé à la direction de l'Institut statistique de prendre position et de rectifier publiquement la lecture mensongère faite par Claude Guéant d'une étude de l'INSEE (lire ici). En début d'après midi, la direction a répondu... pour botter en touche.

Dans un message envoyé aux agents en début d’après midi. Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’INSEE explique que l’Institut, «de manière générale, n’a pas vocation à s’exprimer sur les interprétations des données qu’il publie». Cotis se défend toutefois d'avoir ménagé Guéant, affirmant que l’Institut «a fait en sorte que tous les journalistes en recherche d’informations sur ce sujet soient systématiquement aiguillés vers la source statistique, ce qui leur a permis d’être en information la plus complète possible et de participer au débat en toute connaissance de cause».

En clair, ce n’était pas à l’INSEE de corriger les énormités de Guéant, mais aux journalistes de le faire eux-mêmes. Le problème dans cette affaire étant que si les média ont fait ce travail et rectifié les errances statistiques du ministre, cela n'a pas empêché ce dernier de persister, jusque dans des droits de réponses adressés à la presse.

La réponse de Jean-Philippe Cotis n'a visiblement pas convaincu les syndicats, qui ont rendu public vendredi en milieu d'après-midi un nouveau communiqué en guise de réponse à leur directeur général. «Comme vous l'écrivez, de manière générale, l'Insee n'a pas vocation à s'exprimer sur les interprétations des données qu'il publie. Toutefois, le code de bonne pratique de la statistique européenne stipule que "L'autorité statistique, s'il y a lieu, s'exprime publiquement sur les questions statistiques, y compris sur les critiques et les utilisations abusives des statistiques publiques"».

Et de poursuivre : «Or, l'utilisation faite par le ministre jette un discrédit sur la qualité des études de l'institut. Nous pensons qu'il y a lieu dans ce cas précis de s'exprimer publiquement sur cette utilisation abusive de statistiques publiques, afin d'affirmer l'indépendance professionnelle de notre institut et de de mettre un terme aux soupçons qui pèsent sur lui».

L'intersyndicale déplore enfin que l'INSEE n'ait pas «communiqué à la presse et aux agents de l'INSEE interpellés sur le sujet d'argumentaires relatifs aux déclarations du ministre de l'Intérieur». Ce qui revient, conclut le communiqué, à une «abdication à la fois vis à vis des agents de l'Insee et du débat public».

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